Jade Becquety
Spécialisée en gestion du stress post traumatique, hypnothérapeute et sophrologue à Paris 17
 

Jade Becquety, thérapie spécialisée spécialiste stress post-traumatique à Paris 17

Jade Becquety
Spécialisée en gestion du stress post traumatique, hypnothérapeute et sophrologue à Paris 17

Criminalité et troubles psychiatriques, où est le responsable ?

15 Juin 2022 Jade Becquety

Criminalité

Ces dernières semaines n’ont pas fait l’économie de la survenance de son lot de faits divers, notamment d’agressions physiques ayant entraîné la mort ou des blessures graves au préjudice de victimes dont la fatalité a voulu qu’elles soient « au mauvais endroit, au mauvais moment ».

Or, je constate depuis quelques mois, la récurrence, parmi les profils des mis en cause, d’être des personnes « souffrant de troubles psychiatriques » tel que rapporté par les médias ou bien les représentants de l’État ou des services judiciaires.

Ce recours à cette catégorisation d’individus violents comme étant avant tout victimes d’une possible altération ou abolition de leur discernement, ainsi nommée en matière de possible irresponsabilité pénale, me semble bien trop facile !

Laissons à des experts médicaux spécialisés, assermentés devant les Cours d’appel, de rendre leurs conclusions sur la capacité d’un prévenu à être responsable de ses actes devant une juridiction de jugement. Mon débat ne se pose pas à ce niveau.

Aujourd’hui, je m’interroge sur deux champs : celui du recours exceptionnel à l’hospitalisation sous contrainte et celui de l’état de santé mentale de ceux qui vivent en France.

Si l’enfermement en institutions spécialisées de personnes souffrant de troubles mentaux a connu des abus tout au long du XX° siècle. Aujourd’hui l’approche médicale est autre, l’enfermement est l’exception. Force est de s’interroger aujourd’hui sur l’appréciation du risque à maintenir en milieu ouvert des personnes atteintes de pathologies psychiatriques, sous traitement médicamenteux ; alors même que le médecin prescripteur s’accorde sur le fait que ce maintien hors les murs d’un EPSM (établissement public de santé mentale) ou d’un établissement spécialisé privé ne sera réussi que si, et seulement si, le malade consent à suivre son traitement. Or que se passe-t-il quand le malade est « en rupture de traitement » parce qu’il décide unilatéralement de cesser de prendre la médication qui lui permet d’être « stable » ? Il n’existe pas de dispositifs d’alerte suffisants pour détecter le malade qui cesse unilatéralement son traitement et ainsi l’expose à être sous influence de ses troubles psychiatriques. Ainsi, à cette heure, se pose la question de savoir si notre société accepte le risque d’être exposée à la violence de ces individus en rupture de soins. Sans compter que la responsabilité du médecin est peu souvent recherchée et moins encore poursuivie ce qui peut ajouter à la banalisation du risque possible.

 

A-t-il commis un délit ou un crime en raison de troubles psychiatriques ?

 

Je crains également que ce questionnement soit aussi biaisé par d’autres acteurs engagés dans les questions de sécurité publique. En effet, dire d’une personne qu’elle a commis un délit ou un crime en raison de troubles psychiatriques (même si, lorsque ce trouble est évoqué concomitamment à la commission du fait, il ne s’appuie aucunement sur un véritable diagnostic médical) permet à ces acteurs de laisser entendre que ça ne relève plus alors de leur champ de compétence… Une certaine façon de botter en touche ! Bref on crée ainsi une sorte de maelstrom où il n’y a plus de volonté d’assumer le problème, le reléguant à des « spécialistes »… c’est-à-dire à s’en désintéresser. Restent alors des victimes souvent désemparées parce qu’elles savent que jamais elles ne pourront faire face à celui qui est la cause de tant de douleurs à l'occasion d'un procès.

Parallèlement, l’évocation de ces suspects souffrant de troubles psy. renvoie plus globalement à l’état de santé mentale de notre pays. Voilà déjà quelques années que la France est le premier pays consommateur européen de psychotropes...mais aussi le premier consommateur européen de cannabis (je parle de cannabis et pas de CBD!) dans une sorte d’indifférence des pouvoirs publics.

 

Oser une campagne médiatique dénonçant les effets du cannabis ?

 

Sur le sujet du cannabis précisément, je suis en colère...On fait des campagnes médiatiques contre l’alcool, contre le tabac… quand oserons-nous faire des campagnes significatives sur l’usage du cannabis ? Oser dire qu’aujourd’hui que le cannabis n’est pas neutre sur l’état psychiatrique de ses consommateurs réguliers, ne serait-ce qu’indiquer que le THC (le principe actif du cannabis) est aujourd’hui à proportion bien plus présent en quantité dans le cannabis (qu’il s’agisse d’herbe ou de résine) qu’il ne l’était il y a 10 ans sans même parler de l'herbe de cannabis que fumaient les hippies en 1968 !

N'oublions pas non plus que la consommation régulière de cannabis est dans une forte proportion le chemin qui amène à la consommation d'autres produits stupéfiants au premier rang desquels la cocaïne ou d'autres drogues de synthèse (MDMA par exemple)

La consommation de cannabis en France est un sujet majeur de santé publique qui mérite que l'on rappelle que cette addiction amène à des conséquences irrémédiables sur le comportement du consommateur...jusqu'à le rendre sujet à des situations de violences extrêmes. 

 

La santé mentale des français mérite bien d'être Grande Cause Nationale ! 

 

Sincèrement, la médecine psychiatrique en France manque de moyens d’autant que la transversalité de ses savoirs nous serait ô combien profitable dans tant d’autres secteurs (éducation, organisation du travail, inclusion,…) Je n’ignore pas que « la psychiatrie » fait peur à nombre d’entre mes contemporains parce qu’elle nous renvoie à notre condition d’homme, à nos fragilités. Mais les enjeux actuels notamment l’augmentation dans la délinquance d’individus à « profil psy » mériterait bien que la psychiatrie soit une prochaine grande cause nationale. Je crois utile de rappeler qu’on s’accorde à indiquer qu’actuellement un tiers des personnes incarcérées en France sont sous psychotropes dont 10% sous antidépresseurs. Il est grand temps que pouvoirs publics, professionnels de santé, professionnels de la sécurité publique entament une réflexion commune afin que, chacun en leurs domaines, ils puissent s’accorder sur l’indispensable association de ces trois considérations aucunement contradictoires : prévenir, soigner, protéger.

 

 


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